Dépossessions foncières en milieu rural: Acteurs et processus entre pression et oppression

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Auteur
Laurence Roudart, Charlotte Guénard
Année
2019
Edition
Éditions de la Sorbonne
Collection
Revue internationale des études du développement

Depuis les années 1980, dans un contexte mondial de libéralisation des mouvements internationaux de capitaux et de marchandises, la crise économique, sociale et environnementale qui sévit dans de nombreuses régions rurales du monde s’est approfondie (Roudart et Mazoyer, 2012; Akram-Lodhi et Kay, 2009). La pauvreté et la sous-alimentation, particulièrement répandues chez les agriculteurs, contribuent fortement à entretenir un exode rural massif vers les villes. Cet exode, conjugué à la croissance démographique, conduit à une forte accumulation de population dans les milieux urbains lesquels, souvent, ne disposent pas des infrastructures nécessaires pour accueillir correctement toutes ces personnes et leur proposer tous les emplois nécessaires à l’obtention de moyens d’existence corrects (Losch et al., 2012).


Du fait de la croissance de la population humaine et de ses besoins en espace et en produits issus de la terre, du fait aussi de la libéralisation de l’accès aux ressources, la concurrence pour l’accès à la terre est devenue très aiguë en de nombreux lieux, les conflits fonciers se sont multipliés et intensifiés au point de contribuer parfois à de violents affrontements civils (Chauveau et al., 2015). Ces conflits fonciers relèvent d’une gamme de situations très diverses qui va bien au-delà de la vague d’acquisitions foncières à grande échelle ayant suivi la flambée des prix des matières premières agricoles sur les marchés internationaux et la crise financière de 2007-2008 (Gironde et al., 2015; Nolte et al., 2016; White et al., 2012). Ainsi, selon Peluso et Lund (2011), la forte concurrence pour l’accès à la terre mène à l’institution de nouvelles formes d’enclosures et de possession de la terre, avec le concours de moyens violents, légaux ou non, qui conduisent à déposséder les ayants droit préalables d’une partie – au moins – de ces droits. Levien (2015) invite à analyser les « régimes de dépossession » ainsi que les structures économiques, sociales et idéologiques qui les sous-tendent.


Les conflits fonciers sont variés aussi de par leur localisation: en milieu rural et en milieu urbain, au Sud, au Nord, à l’Est et à l’Ouest. Ils sont diversifiés encore par les utilisations des terres préalablement aux conflits et par les usages envisagés: production d’aliments, d’agrocarburants ou d’autres matières premières agricoles, conservation de la biodiversité ou de la vie sauvage, séquestration de carbone ou limitation de ses émissions pour atténuer le changement climatique, production d’énergie renouvelable (éolienne, hydraulique, solaire), extraction de minerais, construction de complexes résidentiels, touristiques ou industriels, installation de zones économiques spéciales (Borras, 2016).